L'histoire de l'Abbaye de l'Escaladieu

Le CloitreL'Abbaye de l'Escaladieu a été fondée en 1142 par les moines Cisterciens. Vivant sur les pentes du Tourmalet dans la vallée de Gripp, ils quittèrent ce premier site montagneux, trop difficile à vivre, pour celui de Bonnemazon: choix pour sa confluence du Luz avec l'Arros, ainsi que pour sa proximité avec le Château de Mauvezin. L'Abbaye cistercienne était alors une halte sur les chemins de Saint Jacques de Compostelle.

Très florissante du XIIème au XIVème siècle, elle fut à cette époque le lieu de sépulture des comtes de Bigorre et son rayonnement fut extraordinaire. Celle-ci donna lieu à l'une des plus importantes filiations de l'ordre cistercien: du Gers jusqu'à l'Espagne, l'essaimage s'effectua. Son influence fut aussi importante au niveau spirituel qu'au niveau politique et économique. Non exempte des troubles des guerres de religion, l'Abbaye fut assiégée par 3 fois et pillée en 1567 et en 1569. En conséquence, elle a participé au mouvement de reconstruction monastique du XVIIème siècle et présente une très intéressante transition de l'art Roman Gothique. L'Abbaye était du style Roman épuré. Comme toutes les Abbayes des filiations de Cisteau, Clairvaud ou Morimond, elle reproduisait le plan dit « Bernardin »: composition d'une communauté hiérarchisée. Entre les moines issus de la noblesse et les frères convers issue de la paysannerie, la séparation apparaissait nettement. Ces frères qui travaillaient les champs n'étaient pas rétribués.

Le cloître était réservé aux moines. Ses galeries ouvertes desservaient des salles disposées en carré: sacristie, salle capitulaire, scriptorium, chauffoir, réfectoire et cuisine. Il entourait un espace libre, le préau, lieu de recueillement et de méditation.

ArchitectureDans le scriptorium situé dans l'aile sud, les moines effectuaient leur travail de copistes, ornaient leurs manuscrits d'enluminures et ils se réchauffaient dans le chauffoir placé en face. L'église, consacrée en 1160 et en partie reconstruite aux XVIIème et XVIIIème siècles, abrite la salle capitulaire (fin XII°), intéressant témoignage de l'art Gothique primitif. C'est là que les moines se regroupaient pour lire les chapitres de la règle de Saint-Benoît. L'Abbaye fut vendue comme bien national en 1893. Incendiée en 1966 par la foudre, dévastée par la crue du 24 août 1973, elle appartiendra jusqu'en 1986 à la même famille et abrita une hostellerie. A cette date, elle est rachetée par une association. En 1997, elle devient la propriété du Conseil Général des Hautes Pyrénées qui engage un programme de restauration à long terme. Depuis elle abrite des expositions et de nombreuses animations y ont lieu.

Il ne faut pourtant pas oublier que, tout autant que les guerres de religion qui en leur temps l'abîmèrent, l'Abbaye subit de diverses lapidations au cours de cette lente transition. Son cloître démonté et vendu en 1892 a finalement traversé l'Atlantique puisqu'il est implanté depuis 1925 aux États-Unis. L'autel du XVIIIe siècle a lui été associé à l'église Saint Vincent de Bagnères de Bigorre. Les cloches ont été attribuées à celle de Bonnemazon et un Christ en croix se trouve en l'Église de Campan. C'est un site unique et sans aucun doute le joyau qui rayonne en cette terre paisible et préservée des Baronnies.